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Le paradoxe du Nutri-Score : Bon ou mauvais élève ?

Qu'est-ce que le nutri-score ?

Créé en 2017 à la demande du Ministère des solidarités et de la santé, le nutri-score
est un système d’étiquetage nutritionnel complémentaire et non obligatoire pour les
entreprises. Facilement identifiable par son code couleur allant du vert foncé à
l’orange foncé il est associé à des lettres classant les produits de A à E. Alors bon ou
mauvais élève qui obtiendra un A ?

Le nutri-score comment ça marche ?

Ce logo, apposé sur le devant des emballages de produits alimentaires, n’est pas obligatoire. Contrairement à la liste des ingrédients ou la composition nutritionnelle qui elles doivent être strictement présentes sur les emballages (règlement INCO, règlement européen qui établit des règles quant à l’information des consommateurs sur les informations de base du produit).

Le logo qui en met plein les yeux !

C’est vert on valide ! C’est orange… Attention vous frôlez l’interdit ! Si c’est un A alors le produit fait parti de la classe des bons élèves ! S’il obtient un C c’est moyen moyen, mais s’il obtient la note D ou E c’est la colle assurée ! Si cette image vous semblera très scolaire c’est peut être ce que l’on souhaite indirectement nous faire comprendre. Ne vous posez plus de questions et suivez le code.

Comment sont attribuées les notes du nutri-score ?

Grâce à un algorithme, chaque produit alimentaire va être scanné afin que sa
composition en nutriments soit évaluée. Pour évaluer un produit, le nutri-score va
analyser pour 100g ou 100 ml de produit, la teneur en sucre, en graisse, en sel, en
fibres, la quantité de fruit et la quantité de légume.
Et les additifs alimentaires on n’en parle pas ? Ces listes à rallonge de E… peuvent
tout de même vous faire obtenir un A !

Le nutri-score un atout dans la prévention pour notre santé ?

La création d’un score permettant d’aider les consommateurs dans leurs choix
alimentaires est une bonne démarche, à condition qu’elle soit très complète en
matière de nutrition et de prévention ! Car le tout n’est pas d’apposer une note,
bonne ou mauvaise. Le consommateur doit être capable de comprendre si le produit
qu’il achète sera « bon » ou « mauvais » pour sa santé (à lui ensuite de le
consommer à bon escient) Le nutri-score n’informe en rien sur la qualité des produits
(additifs, perturbateurs endocriniens…). C’est un étiquetage assez réducteur qui peut
mal orienter les consommateurs et les induire en erreur sur leur consommation
quotidienne. Rappelons qu’il est calculé sur 100g ou 100ml de produit…

Prenons l’exemple d’une célèbre marque américaine de soda. Le produit standard
sera estampillé avec un E alors que le même produit, auquel on a remplacé le sucre
par des édulcorants chimiques se verra attribuer la note de B. Si cela ne choque pas
les consommateurs, il y a pourtant de quoi sauter au plafond !

En se basant sur des critères quantitatifs, plutôt que qualitatif, on ignore des critères
essentiels pour la santé des consommateurs et la prévention des maladies
métaboliques qui ne cessent d’augmenter dans notre pays.

Nutri-score : Bon ou mauvais élève ?

L’huile d’olive extra vierge bio se voit attribuer un D, les sardines à l’huile un C et
surtout banissez le chocolat noir 85% de cacao qui lui obtient un E !
A cela préférez des bâtonnets de poisson pané qui obtiennent un A ou des céréales
pour enfant ultra transformées « saveur chocolat » avec un nutri-score A ou B.

Les conseils de l’expert

« Je me demande si nous voulons sincèrement aider les consommateurs dans une démarche de prévention. La démarche d’apposer un étiquetage plus complet pour orienter les consommateurs me semble très justifiée. Sa méthode d’évaluation quant à elle me semble inadaptée et entraîne la désinformation qualitative pour le public visé. Les grands groupes se verront satisfaits quand ils pourront apposer un A sur les emballages de leurs sodas. Concraitement, en matière de prévention pour la santé des consommateurs, tout âge confondu, aucune boisson, par exemple, ne devrait se voir obtenir un A sauf la boisson unique et universelle l’eau ! Malheureusement cet outil d’information peut être délétère et accentuer le développement des maladies dîtes de civilisation par la consommation, non encadrée de manière plus précise et objective vis à vis de la santé, de produits alimentaires dont leur score dépend d’un aspect quantitatif et non qualitatif.

L’étiquetage des produits alimentaires n’est pas aussi simple qu’il en a l’air. Cela demande des compétences en matières de connaissance des aliments, en matière de diététique et de nutrition. Si vous souhaitez des conseils demandez conseils auprès d’un professionnel de santé expérimenté dans ce domaine. »

D’après une étude du Ministère des solidarités et de la santé : 67% des personnes
interrogées auraient changé leur habitude de consommation ou sont en voie de le
faire. 73% limiteraient l’achat de produit moins bien notés.
Si le nutri-score n’est pas utilisé par l’ensemble de la population, de nombreuses
personnes l’utilisent au quotidien dans leur choix alimentaire. L’importance de revoir
les critères de notation me semble être une urgence.

Article rédigé par Laurine Fresquet, experte en nutrition, micronutrition à Villemoustaussou et à Béziers.

France Bleu Hérault

Nutri-score: Produits du p’tit déj, on compare les étiquettes